Avec le management public, il s’agissait déjà, depuis la thématique du PPBS (Planning Programming Budgeting System) – ou encore en français (Rationalisation des Choix Budgétaires – RCB) d’acter la prise en compte des catégories managériales dans le  fonctionnement des administrations publiques en remplacement de la tradition «administrative » déclassée sur la base de l’argument péjoratif de la bureaucratie. Qu’il s’agisse du «normal» ou du «new», le management public poursuit un objectif d’efficacité.  Il marque l’entrée des catégories d’une régulation organisationnelle dans les administrations publiques, régulation définie comme «un processus par lequel les actions anti-organisationnelles sont contrées par des forces antagonistes assurant le maintien du système ou de l’organisation».

La façon habituelle de poser la question de l’efficacité du management public consiste à y voir la conséquence directe d’un système fondé sur la définition d’objectifs chiffrés et le contrôle de la performance effectivement réalisée : le système sera d’autant plus efficace que des incitations pourront être associées aux critères de performance ainsi définis. Ce mode de raisonnement repose sur l’idée qu’il est possible de définir les objectifs de l’action publique de façon satisfaisante. C’est à cette question que s’adresse toute la littérature relative aux indicateurs sociaux.

Toutefois la question de la légitimité des indicateurs se heurte à la crise de la mesure ou, plus précisément, à l’absence de consensus sur la mesure, qui caractérise la troisième période de l’histoire du système de légitimité rationnel-légal. Déjà en 1980, il était possible de percevoir dans cette question le principal obstacle au développement du management public (Laufer R., Burlaud A., 1980, p. 123-140). Les modèles d’action qui résultent des procédures de la rationalité limitée définie par Herbert Simon ne pourront être légitimes que s’ils obtiennent l’adhésion de l’opinion publique, d’où l’importance croissante prise par la diffusion d’indicateurs de performance et tout particulièrement des classements d’organisations publiques (hôpitaux, universités, lycées, collèges…) publiés par la grande presse. Cette situation peut se résumer en une formule : « Ce n’est pas parce qu’un indicateur est bon qu’il circule, c’est parce qu’il circule qu’il est bon. ».